06sep 2009
Yourte aux dodos, avec des morceaux
23:10 - Par Hervé JOLLY - aucun commentaire

Quand nous nous sommes retrouvés sous la yourte, je ne savais que vaguement de quoi il allait être question. Chacun avait pris son baluchon d'histoires et de théories, et on les a picorées les unes et les autres jusqu'à ce que certaines (trop dures peut-êtres pour nos tendres becs) sortent du lot et commencent à esquisser un dess(e)in, un motif, un réseau qui nous semble pour le moment probant. Prenant les gens à parti, parfois à rebrousse-plume, lui-même sur le billot, Yannick a commencé à tailler un chemin dans la jungle environnante qui se contentait bien jusque là d'être une simple jungle. Il a fallu que toutes plumes dehors il blectre en poitevin pour que les paroles et les pensées que le français ne menaient pas à terme se fassent jour. J'étais à côté, à moins d'un mètre, et au bout de quelques secondes, il s'était levé, les gens venaient d'arriver, et après un silence où il se débattait intérieurement, il a commencé à parler en patois. C'est une langue que je ne comprends que vaguement, de loin, mais à ce moment, j'ai tout compris. C'était clair et lisible, et une émotion commençait à me prendre les tripes et les yeux comme sans doute elle était née l'instant précédent au fin-fond de Yannick. Il y avait là les prémisses de la joie et de la violence qui vont peut-être donner de la puissance au spectacle en devenir.
A cet instant-là, et peut-être plus tard, parler c'est être en pratique, comme il y a une pratique artistique ou une pratique religieuse, peut-être. Les mots peuvent attaquer la roche, comme ils ont fait tomber Jericho (André nous avait mis sur la piste), comme "Mon nom est un nom qui tue" dans Dune d'Herbert. Peut-être n'ont-ils qu'une force symbolique mais ces symboles curieusement semblent exister. Peut-être va-t-il falloir que ces mots deviennent pour de vrai de la chair, une main, un poing.
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